Faits divers

Un rayon de soleil
Se levait sur la ville.
Les yeux pleins de sommeil,
Il avançait tranquille.

Des loubards maraudaient
A l'entrée de la cité,
Un camion s'approchait,
C'était celui du laitier.

Les deux mains dans les poches,
Il avançait toujours.
Le loubard le plus moche
Le guettait d'un oeil lourd.

Je te parie cinq sacs,
Qu'il a les foies, le bourgeois.
Je te paries dix sacs,
Il ne passera pas.

C'était le dernier jour de juillet,
A la veille des congés payés.
Dans la rue marchait un ouvrier,
Fatigué, mais le coeur léger.

Il était déjà presque en vacances
Quand il a croisé la violence.
Excités par ses cris de souffrance,
Ca cognait en cadence !

Il y a du sang qui coule
A l'entrée de la cité.
Il y a des corps qui roulent
Sur celui qu'ils ont tué.

Plusieurs détonations
Se perdent dans la ville
Là-haut sur un balcon,
Un garçon immobile.

Une arme dans les mains
Et des larmes dans les yeux.
Dans le froid, le matin,
Vient de venger son vieux.

C'était le dernier jour de juillet,
A la veille des congés payés.
Dans la rue marchait un ouvrier,
Fatigué, mais le coeur léger.

Il était déjà presque en vacances
Quand il a croisé la violence...
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# Posté le lundi 26 septembre 2005 13:22

Faire-part

Parait qu'on a trouvé
Un bout de son carnet d'adresses,
Et une feuille blanche déchirée.

Parait qu'on a pensé
A un grand moment de détresse,
Mais jusqu'à aujoud'hui c'est tout c' qu'on sait.

Parait qu'on a trouvé
L'horaire du dernier train pour Sètes,
A côté d'une lettre recommandée.

Parait qu'il a fumé
Tout un paquet de cigarettes
Avant de décider de s'en aller.

J' voudrais vous raconter l'histoire
D'un homme qui a flingué ses espoirs
Lorsque son soleil s'est couché.

J' voudrais vous dire qu'il a souffert
En voulant cacher sa misère,
En faisant semblant de bosser.

Parait que ses voisins
Le regardaient d'un air étrange,
Quand il descendait chercher son courrier.

Parait qu' pour ses copains,
Il était celui qui dérange
Depuis qu'il n'avait plus d'identité.

J' voudrais vous dire qu' c' n' est pas facile
De se retrouver en exil
Sur le grand boul'vard des paumés,

J' voudrais vous raconter l'histoire
D'un homme que le journal du soir
A estimé sans intérêt ;

Une victime de la cinquantaine,
Abattu sans violence ni haine
Par le p'loton d'une assemblée ;

Un sacrifié aux Assedics,
Un chiffre pour les statistiques,
Dans la colonne des virés,

Rayé par une plume qui glisse
Sur un cruel papier timbré.

J' voulais vous raconter l'histoire
D'un homme dont le journal du soir
Publiera l'avis de décès.
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# Posté le lundi 26 septembre 2005 13:23

Feliciano

Dans la jungle bolivienne,
Mon frère est parti.
Ma mère comme une hyène
Pleure son petit.

Tout près du vieux cim'tière,
Padre Antonio
A récité des prières
Pour Feliciano.

Sur la place du village,
Les hommes parlaient.
Comme pour les soirs d'orage,
Les chevaux piaffaient.

Sous la statue de la Vierge,
Maria del Pilar,
Les vieilles ont brûlé les cierges
Avec leurs cigares.

Sur le sentier de rocaille,
Des hommes au visage dur
Comme pour livrer bataille,
Entouraient notre masure.

Le sergent de la milice,
Nous a traité de salauds !
Il dit à mon père :
"Ton fils est chez les Guérilléros."

Pendant de longues semaines,
Moi, je l'ai attendu,
L'herbe a séché sur la plaine,
Les pluies sont venues.

Dans le fond de la campagne,
Derrière les côteaux,
J'appelai dans la montagne
Frêre Feliciano.

S'allait avec son Evangile,
Il doit avoir l'air malin :
Même Rahimé, l'imbécile,
Le disait hier matin :

"Ce n'est pas avec un livre,
Qu'il pourra les empêcher
De tuer, piller et vivre
Au nom de la Liberté."

Sous la lumière de la lune,
Les femmes de Santa Anna
Ont coiffé leur tête brune,
Et font le Mea culpa.

Le corps hissé sur un âne,
Les mains liées dans le dos,
Quatre trous dans sa soutane
Ils ont tué Féliciano.

Les Guérillos...
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# Posté le lundi 26 septembre 2005 13:24

Flash

Une main d'ébène,
Ilot Chalon,
Une fille qui traine,
Elle a froid sous son blouson.

Dans la rue noire,
Le dealer viendra.

Sept jours semaine,
Trois fois par jour,
Elle troue ses veines :
C'est le point de non-retour.

Dans la rue noire,
Le dealer est là.

La neige est sale,
Elle pourrit le corps.
La neige est sale,
Paillettes de mort.

Il pleut des rêves
Sur son passé,
Pendant qu'elle crève
D'avoir un jour essayé

Dans la rue noire,
Le dealer vendra.

La neige est sale,
Elle pourrit le corps.
La neige est sale,
Paillettes de mort.

Une main d'ébène,
Gare de Lyon,
Une fille qui traine :
Les junkies sont des millions.

Dans la rue noire,
Le dealer s'en va.

Il pleut des rêves
Sur son passé,
Pendant qu'elle crève
D'avoir un jour essayé.

Dans la rue noire,
Le dealer vivra.

La neige est sale
Elle pourrit le corps.
La neige est sale,
Paillettes de mort.

Il pleut des rêves
Sur son passé,
Pendant qu'elle crève
D'avoir un jour essayé

Dans la rue noire,
Le dealer s'en va
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# Posté le lundi 26 septembre 2005 13:24

Le fou

Il a le sourire d'un gosse,
Mais il est loin d'être un enfant.
Faut dire qu'il a roulé sa bosse
Un peu sur tous les grands moments.

Il n'a plus de cause à défendre,
N'a pas réussi à se faire pendre.
Y'en a qui disent qu'il est fou,
Mais tout ce qu'on dit, il s'en fout.

Pour lui le temps s'est arrêté,
Il vit dans le passé
Au milieu de ses souvenirs,
Y a plus qu' ça qui lui fait plaisir.

Il passe son temps dans les bars,
Il fait partout son numéro.
Tous les soirs, il rentre très tard,
Le whisky coule toujours de trop.

Il a plein de causes à défendre.
Mais plus personne ne veut l'entendre.
Y en a qui disent qu'il est saoûl,
Mais tout ce qu'on dit, il s'en fout.
Il s'en fout !

De temps en temps, il rencontre une fille,
Et il lui parle de sa vie :
Il lui raconte ses folies,
Elle sourit, mais n'a rien compris.

Il a plein de causes à défendre.
Elle l'enverrait bien se faire pendre.
Faut dire qu'la fille aux cheveux roux,
Elle prend cent sacs, et c'est beaucoup.

Pour lui le temps s'est arrêté,
Il vit dans le passé
Au milieu de ses souvenirs,
Y a plus qu' ça qui lui fait plaisir.

Souvent il pense que malgré tout,
Fallait qu'il reste à Diên-Biên-Phû.
Y en a qui disent qu'il est fou,
Mais tout ce qu'on dit, il s'en fout...
Il s'en fout !
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# Posté le mercredi 28 septembre 2005 05:24